Freinage d'urgence avec système ABS activé sur route française mouillée
Publié le 22 avril 2024

La vibration de votre pédale de frein n’est pas une panne, mais le signe que votre système ABS fonctionne parfaitement pour vous sauver.

  • Votre premier réflexe de peur (relâcher la pédale) est le plus dangereux ; vous devez le combattre activement.
  • Le contrôle de la situation ne dépend pas de votre pied, mais de votre regard : regardez toujours l’échappatoire, jamais l’obstacle.

Recommandation : Votre mission est de reprogrammer votre cerveau pour transformer ce signal de panique en un réflexe de contrôle absolu du véhicule.

Imaginez la scène. Vous roulez tranquillement et, soudain, un obstacle surgit. Instinctivement, vous écrasez la pédale de frein. Et là, une sensation violente et inattendue se produit : la pédale se met à vibrer frénétiquement sous votre pied, comme si une pièce mécanique était sur le point de céder. Votre premier réflexe, dicté par la peur, est de relâcher la pression, pensant que quelque chose est cassé. C’est l’erreur la plus commune et la plus dangereuse que vous puissiez commettre.

Cette vibration n’est pas un symptôme de panne, mais la manifestation normale du système d’antiblocage des roues, mieux connu sous le nom d’ABS (Anti-Blockier-System). La plupart des conducteurs savent qu’il existe, mais peu ont réellement appris à l’utiliser en situation critique. Ils subissent ses effets au lieu de les maîtriser. La sensation est si contre-intuitive qu’elle génère une réaction de panique, annulant tous les bénéfices de cette technologie de sécurité essentielle.

Mais si la véritable clé n’était pas de simplement savoir qu’il « ne faut pas relâcher » ? Et si le secret résidait dans la compréhension profonde de ce dialogue qui s’engage entre vous et votre voiture ? Cette vibration est un message. C’est votre véhicule qui vous dit : « J’ai pris le relais pour empêcher les roues de se bloquer. Garde le pied au plancher, conserve une pression maximale et, surtout, utilise le volant que je viens de te rendre pour diriger la voiture vers la sécurité. »

Dans ce guide, nous n’allons pas seulement vous répéter les consignes. En tant que moniteur de sécurité routière, ma mission est de vous faire passer de la réaction de peur à l’action maîtrisée. Nous allons décoder ensemble chaque signal, comprendre les limites du système et vous donner les outils mentaux et pratiques pour transformer un freinage d’urgence en une manœuvre de sauvetage contrôlée.

Cet article va vous guider à travers les mécanismes et les réflexes essentiels à adopter. Du rôle crucial du regard à la gestion des surfaces glissantes, vous apprendrez à faire de l’ABS et des autres aides à la conduite vos meilleurs alliés.

L’erreur de fixer l’obstacle au lieu de chercher l’échappatoire pendant le freinage ABS

Lors d’un freinage d’urgence, votre cerveau reptilien prend le dessus. Le danger est identifié et votre attention se focalise entièrement sur lui : l’enfant qui traverse, la voiture qui pile devant vous. C’est l’effet « tunnel vision ». Malheureusement, en conduite, vos mains suivent instinctivement votre regard. Si vous fixez l’obstacle, vous irez tout droit dessus. Le drame est que la majorité des accidents lors d’un freinage d’urgence ne sont pas dus à une défaillance technique, mais à une erreur de pilotage sous l’effet de la panique. Le manque de formation pratique à l’évitement est une cause majeure de la surmortalité chez les jeunes conducteurs ; le bilan 2024 de la sécurité routière française indique que 529 jeunes de 18-24 ans ont été tués en 2024, une part significative étant liée à des pertes de contrôle.

L’avantage fondamental de l’ABS est précisément de vous rendre le contrôle de la direction. Puisque les roues ne sont pas bloquées, vous pouvez tourner le volant et éviter l’obstacle. Mais cette possibilité est inutile si votre regard reste paralysé par la peur. C’est là qu’intervient le concept fondamental du « regard-moteur », enseigné dans les stages de perfectionnement. Le principe est simple : regardez où vous voulez aller, pas où vous ne voulez pas aller.

Les stages de conduite post-permis comme ceux proposés par Centaure en France enseignent activement ce réflexe. Sur des pistes sécurisées, les conducteurs apprennent à dissocier le freinage maximal (pied au plancher, l’ABS vibre) de la manœuvre d’évitement (regard et volant dirigés vers la sortie). C’est un véritable conditionnement qui doit devenir un automatisme. Pour vous entraîner, voici une procédure simple à réaliser dans un environnement sûr :

  1. Préparation : Trouvez un grand parking vide et placez des cônes ou des bouteilles en plastique pour simuler un obstacle.
  2. Mise en situation : Accélérez en ligne droite vers l’obstacle, jusqu’à environ 30-40 km/h.
  3. Action : À une quinzaine de mètres, écrasez la pédale de frein. Sentez la vibration de l’ABS s’enclencher. Ne relâchez surtout pas.
  4. Le regard : Simultanément, portez votre regard sur l’espace libre à gauche ou à droite des cônes. C’est votre porte de sortie.
  5. L’évitement : Tout en maintenant la pression sur le frein, donnez un coup de volant ferme mais fluide vers l’échappatoire que vous regardez. La voiture va suivre.
  6. Répétition : Répétez l’exercice plusieurs fois jusqu’à ce que la séquence « freiner-regarder-tourner » devienne naturelle.

Cet entraînement est la seule façon de reprogrammer votre cerveau pour qu’il ne subisse plus la situation, mais la pilote. Le jour où vous en aurez besoin sur route ouverte, ce réflexe maîtrisé prendra le pas sur la panique.

Neige ou graviers : pourquoi l’ABS rallonge-t-il votre distance d’arrêt ?

L’ABS est un allié quasi infaillible sur l’asphalte, qu’il soit sec ou mouillé. En empêchant le blocage, il optimise l’adhérence du pneu et réduit significativement les distances de freinage. Cependant, sur des surfaces meubles comme la neige fraîche ou les graviers, le système révèle un paradoxe : il peut allonger votre distance d’arrêt. La raison est purement mécanique. Sans ABS, une roue bloquée sur la neige accumule un tas de matière devant elle, créant un « coin de matière » qui agit comme une cale et aide à ralentir le véhicule. L’ABS, en maintenant la roue en rotation, empêche la formation de ce coin. Le pneu « roule » sur la surface meuble au lieu de « pousser » dedans, ce qui augmente la distance nécessaire pour s’immobiliser.

Roue de voiture sur neige avec accumulation de matière devant le pneu montrant l'effet de cale.

Cette particularité ne signifie pas que l’ABS est dangereux dans ces conditions. Le gain principal, qui est de conserver la directivité du véhicule, reste infiniment plus précieux que les quelques mètres de freinage perdus. Il vaut toujours mieux pouvoir éviter un obstacle que de s’arrêter un peu plus court en le percutant de plein fouet. Il s’agit simplement d’en avoir conscience et d’adapter sa conduite en augmentant massivement ses distances de sécurité.

Les chiffres sont éloquents et montrent bien cette inversion de performance. Une analyse comparative des distances de freinage le démontre clairement :

Distances de freinage à 50 km/h selon les surfaces
Type de surface Distance à 50 km/h SANS ABS Distance à 50 km/h AVEC ABS Différence
Asphalte sec 25 m 22 m -12%
Asphalte mouillé 40 m 32 m -20%
Neige tassée 60 m 65 m +8%
Graviers 45 m 50 m +11%

Pour contrer cet effet, notamment en montagne, les équipementiers ont développé des solutions. Dans les départements français concernés par la Loi Montagne II, l’obligation d’équiper son véhicule de pneus hiver (ou de détenir des chaînes) du 1er novembre au 31 mars n’est pas anodine. Ces pneumatiques spécifiques, avec leurs lamelles conçues pour « mordre » la neige, travaillent en synergie avec l’ABS. Ils améliorent l’adhérence et compensent en partie la perte de l’effet de coin, restaurant une grande partie de l’efficacité du freinage.

Voyant ABS allumé : est-il dangereux de continuer à rouler jusqu’au garage ?

Voir le voyant orange « ABS » s’allumer sur votre tableau de bord est une source d’inquiétude légitime. La première chose à savoir est qu’il ne faut pas céder à la panique. Un voyant ABS allumé signifie que le système d’antiblocage est en défaut et désactivé. Cependant, votre système de freinage classique reste entièrement fonctionnel. Vous pouvez toujours freiner, mais sans l’assistance de l’ABS. Concrètement, en cas de freinage d’urgence, vos roues pourront se bloquer, ce qui allongera vos distances d’arrêt sur sol glissant et vous fera perdre le contrôle de la direction. Vous revenez à un mode de conduite « à l’ancienne ».

Il n’est donc pas immédiatement dangereux de continuer à rouler, mais cela exige une adaptation impérative de votre conduite pour rejoindre un garage. Vous devez compenser l’absence de l’aide électronique par une vigilance accrue. Voici la procédure à suivre :

  • Doublez vos distances de sécurité : Passez de la règle des 2 secondes à au moins 4 secondes par rapport au véhicule qui vous précède.
  • Réduisez votre vitesse : Diminuez votre allure d’au moins 20 km/h par rapport à la vitesse que vous pratiqueriez normalement.
  • Anticipez au maximum : Lisez la route loin devant pour éviter toute situation nécessitant un freinage brusque.
  • Soyez doux avec les freins : Apprenez à freiner de manière progressive et dégressive pour éviter le blocage.
  • Méfiance accrue sur sol mouillé : Le risque de blocage et d’aquaplaning est démultiplié.

Ne tardez pas à consulter un professionnel. La réglementation du contrôle technique français est très claire : un voyant ABS allumé constitue une défaillance majeure entraînant une contre-visite obligatoire dans un délai de deux mois. Ignorer ce signal est non seulement dangereux, mais vous met aussi en infraction. Les causes de la panne sont variées, allant du plus bénin au plus coûteux. Un diagnostic électronique (facturé entre 50€ et 100€ en France) identifiera précisément le problème : il peut s’agir d’un simple capteur de roue encrassé (environ 30€-80€), d’un fusible (moins de 15€), ou, dans le pire des cas, d’une défaillance de la centrale ABS elle-même, dont le remplacement peut coûter de 800€ à plus de 2500€.

Liquide de frein vieux de 4 ans : comment l’humidité peut gripper votre centrale ABS ?

On se préoccupe souvent des plaquettes et des disques, mais on oublie l’élément vital du circuit : le liquide de frein. Considérez-le comme le sang de votre système de freinage. Et comme le sang, il peut être « contaminé ». Le liquide de frein est hygroscopique, c’est-à-dire qu’il absorbe naturellement l’humidité de l’air. Avec le temps, sa teneur en eau augmente, ce qui a deux conséquences désastreuses. La première, la plus connue, est l’abaissement de son point d’ébullition. Un liquide de frein DOT 4 neuf bout à 230°C, mais après 3-4 ans, chargé d’humidité, son point d’ébullition peut chuter à 155°C. Lors d’un freinage intense, comme en descente de col dans les Pyrénées ou dans les bouchons du périphérique parisien en plein été, la température du liquide peut facilement dépasser 180°C. Le liquide se met alors à bouillir, créant des bulles de gaz dans le circuit. C’est le phénomène de « vapor lock » : les gaz sont compressibles, contrairement au liquide. Votre pédale de frein devient molle et s’enfonce jusqu’au plancher sans aucune efficacité. Vous avez perdu vos freins.

La deuxième conséquence, plus insidieuse, concerne directement votre centrale ABS. L’humidité absorbée dans le liquide de frein favorise la corrosion interne des composants métalliques ultra-précis du bloc hydraulique ABS. Les micro-vannes et les pistons peuvent se gripper à cause de la rouille. Au début, cela peut causer des dysfonctionnements intermittents (le voyant s’allume et s’éteint), mais à terme, c’est la panne complète du bloc ABS. Ce qui aurait pu être évité par une simple purge devient alors une réparation extrêmement coûteuse.

Les constructeurs préconisent de remplacer le liquide de frein tous les 2 à 3 ans, quel que soit le kilométrage. C’est une opération de maintenance préventive essentielle. D’après les tarifs moyens pratiqués en France, le coût d’une purge est dérisoire par rapport aux risques encourus : comptez entre 60€ et 120€ pour une purge préventive, contre 1500€ à 3000€ pour le remplacement d’un bloc ABS corrodé. Faire l’impasse sur cet entretien, c’est jouer à la roulette russe avec votre sécurité et votre portefeuille.

Un liquide de frein en bonne santé est la garantie que la pression que vous exercez sur la pédale est transmise intégralement et instantanément à chaque roue, permettant à l’ABS de faire son travail avec une précision millimétrique. Ne négligez jamais cet aspect fondamental de la santé de votre véhicule.

Freinage en courbe : comment l’ABS gère la stabilité arrière pour éviter le tête-à-queue ?

Freiner en courbe est l’une des manœuvres les plus délicates en conduite. Appliquer une force de freinage alors que les pneus gèrent déjà une force latérale (la force centrifuge) augmente drastiquement le risque de perte d’adhérence. Le danger principal est le blocage des roues arrière, qui entraîne un décrochage brutal du train postérieur et un tête-à-queue quasi inévitable (survirage). C’est pour contrer ce phénomène que l’ABS moderne est toujours couplé à un système appelé REF (Répartiteur Électronique de Freinage) ou EBD (Electronic Brakeforce Distribution). Ce système est un véritable cerveau qui optimise la répartition de la puissance de freinage entre l’essieu avant et l’essieu arrière.

Le REF analyse en temps réel, grâce aux capteurs de vitesse des roues, la charge et l’adhérence de chaque pneu. Lors d’un freinage en ligne droite, l’essentiel de la charge se reporte sur l’avant, l’arrière se déleste. Le REF va donc naturellement appliquer plus de pression à l’avant qu’à l’arrière pour un freinage optimal. Mais c’est en courbe que sa magie opère. Imaginez que vous abordez un rond-point un peu trop vite sur une chaussée humide. Si vous freinez, les roues arrière, déjà en limite d’adhérence latérale, menacent de se bloquer bien avant les roues avant. Le REF le détecte instantanément et module la pression de freinage sur le circuit arrière, la réduisant parfois de 30 à 40%, juste assez pour éviter le blocage tout en contribuant au ralentissement. Il maintient ainsi l’arrière « posé » et stable, vous permettant de conserver le contrôle de la trajectoire.

Toutefois, la physique a ses limites. La meilleure technique reste d’anticiper. Voici la séquence idéale pour négocier une courbe en toute sécurité :

  1. Avant la courbe : Freinez en ligne droite pour atteindre la vitesse appropriée à la sortie du virage. C’est à ce moment que le freinage est le plus efficace et le plus sûr.
  2. Entrée de courbe : Relâchez le frein et inscrivez la voiture dans le virage. Votre regard doit déjà porter vers le point de sortie.
  3. Dans la courbe : Maintenez un filet de gaz ou une vitesse constante pour stabiliser le véhicule. Évitez de freiner.
  4. En cas d’urgence absolue : Si vous devez freiner dans la courbe, faites-le franchement. Appuyez fort sur la pédale et faites confiance au couple ABS/REF. Maintenez la pression, sentez les vibrations et gardez le volant orienté vers votre échappatoire.

L’ABS/REF n’est pas une invitation à freiner tardivement en courbe, mais une assurance-vie si une situation imprévue vous y contraint. La maîtrise passe par l’anticipation.

DOT 4 ou DOT 5.1 : quel risque de mélanger des fluides incompatibles ?

Le choix du liquide de frein n’est pas anodin. Les différentes normes (DOT 3, DOT 4, DOT 5, DOT 5.1) correspondent à des caractéristiques chimiques et des points d’ébullition différents. La règle d’or est simple : respectez scrupuleusement les préconisations du constructeur de votre véhicule. Utiliser un liquide inadapté ou, pire, mélanger des fluides incompatibles, peut avoir des conséquences catastrophiques sur votre système de freinage. Le principal danger vient de la confusion entre les liquides à base de glycol (DOT 3, 4 et 5.1) et ceux à base de silicone (DOT 5).

Les liquides DOT 3, 4 et 5.1 sont miscibles entre eux. Vous pouvez faire l’appoint d’un circuit DOT 4 avec du DOT 5.1, qui offre un point d’ébullition plus élevé. C’est une pratique courante en usage sportif pour améliorer l’endurance. Cependant, vous allez diluer les performances du meilleur produit. L’inverse (mettre du DOT 4 dans un circuit prévu pour du 5.1) est déconseillé car cela dégrade la performance globale. Le DOT 4 est le standard pour plus de 90% du parc automobile français.

Le véritable danger mortel est le mélange d’un liquide à base de glycol (DOT 3, 4 ou 5.1) avec un liquide DOT 5 à base de silicone. Ces deux familles chimiques sont totalement incompatibles, comme l’huile et l’eau. Si vous les mélangez, ils ne se dissoudront pas. Sous la pression et la chaleur, le mélange va s’émulsionner et former une sorte de « mayonnaise » pâteuse. Cette substance va gripper les joints, boucher les canalisations fines et paralyser les électrovannes du bloc ABS. Le résultat est une perte totale et irréversible de la capacité de freinage. La seule solution est alors le remplacement complet du circuit : maître-cylindre, canalisations, étriers et bloc ABS. Une économie de quelques euros sur un bidon de liquide peut entraîner des réparations dépassant les 1500€.

Pour ne commettre aucune erreur, ce tableau récapitule les compatibilités et caractéristiques essentielles :

Compatibilité et caractéristiques des liquides DOT
Type DOT Base chimique Point ébullition sec Compatible avec Usage recommandé
DOT 3 Glycol 205°C DOT 4, 5.1 Véhicules anciens
DOT 4 Glycol 230°C DOT 3, 5.1 90% parc français
DOT 5.1 Glycol 260°C DOT 3, 4 Usage sportif
DOT 5 Silicone 260°C AUCUN Collection/militaire

En cas de doute, référez-vous toujours au manuel de votre véhicule ou demandez conseil à un professionnel. La sécurité de votre freinage dépend de la pureté de son fluide vital.

Antipatinage sur verglas : pourquoi il faut parfois le désactiver pour avancer ?

Voici une situation qui semble totalement contre-intuitive. Votre voiture est équipée d’un antipatinage (souvent appelé ASR ou TCS), un système conçu pour vous empêcher de glisser. Pourtant, dans une situation bien précise, il va vous empêcher d’avancer et vous devrez le désactiver temporairement. Ce cas de figure typique est le démarrage à très faible vitesse sur une surface extrêmement glissante comme la neige épaisse ou le verglas, par exemple pour sortir d’une place de parking en station de ski. Le système d’antipatinage détecte que les roues se mettent à patiner dès que vous accélérez. Sa réaction est logique : il coupe la puissance du moteur et/ou freine la roue qui patine pour retrouver de l’adhérence. Le problème, c’est que sur une telle surface, l’adhérence est quasi-nulle. Le système s’acharne à couper la puissance et vous restez immobilisé.

Dans ce contexte unique, un léger patinage contrôlé peut être bénéfique. En laissant les roues tourner un peu plus vite que la vitesse du véhicule, le pneu peut évacuer la couche de neige ou « casser » la pellicule de verglas pour essayer de trouver un peu de grip en dessous. C’est pourquoi la plupart des voitures permettent de désactiver l’antipatinage. Les conducteurs habitués des routes de montagne, comme à Val d’Isère, connaissent bien cette technique. Ils désactivent l’ASR, démarrent très doucement, souvent en seconde pour limiter le couple, laissent les roues patiner légèrement jusqu’à ce que la voiture prenne un peu d’élan, puis réactivent immédiatement le système une fois en mouvement.

Attention, cette manœuvre doit être exceptionnelle et maîtrisée. L’antipatinage, couplé à l’ESP (contrôle de stabilité), est un ange gardien essentiel 99,9% du temps. Le désactiver sur route ouverte est extrêmement dangereux. Voici la procédure sécurisée pour vous sortir d’une situation de blocage au démarrage :

Plan d’action : Désactivation temporaire de l’antipatinage pour un démarrage difficile

  1. Identifier le bouton : Repérez le bouton sur votre tableau de bord avec le pictogramme d’une voiture qui glisse (souvent marqué ESP, ASR, ou un symbole similaire).
  2. Désactivation partielle : Effectuez une pression courte (1 à 2 secondes) sur ce bouton. Un voyant s’allumera pour confirmer que l’antipatinage (ASR/TCS) est désactivé, mais l’ESP reste souvent actif. Une pression longue désactive généralement tout, ce qui est à éviter.
  3. Démarrer en douceur : Passez la deuxième vitesse et relâchez l’embrayage très progressivement en accélérant à peine. L’idée est de donner un minimum de couple aux roues.
  4. Contrôler le patinage : Laissez les roues patiner modérément. Ne faites pas hurler le moteur. C’est ce léger patinage qui va vous permettre de trouver de l’adhérence.
  5. Réactiver immédiatement : Dès que la voiture a pris un peu de vitesse (au-dessus de 15-20 km/h), appuyez de nouveau sur le bouton pour réactiver toutes les aides électroniques. Ne roulez jamais sans elles.

Cette technique est un outil de dernier recours pour se débloquer, pas une méthode de conduite. La sécurité prime toujours.

À retenir

  • La vibration de la pédale de frein est un signal normal et positif : votre ABS fonctionne. Votre seule mission est de maintenir une pression maximale et constante.
  • Votre regard est votre meilleur outil de survie. En situation d’urgence, ne fixez jamais l’obstacle, mais cherchez et regardez intensément votre trajectoire d’évitement.
  • L’entretien préventif du liquide de frein (tous les 2-3 ans) n’est pas une option. C’est une action cruciale pour garantir l’efficacité de l’ABS et éviter des pannes extrêmement coûteuses.

Voyant ESP qui clignote : que vous dit votre voiture sur l’état de la chaussée ?

Contrairement au voyant ABS qui reste fixe lorsqu’il y a une panne, le voyant de l’ESP (Electronic Stability Program) qui clignote est un signal d’action, pas de défaut. Lorsque ce pictogramme de voiture qui glisse s’illumine par intermittence pendant que vous conduisez, c’est un message en temps réel. Votre voiture est en train de vous dire : « Attention, je suis en train de corriger activement une perte d’adhérence pour t’éviter de sortir de la route ». Il ne s’agit pas d’une panne, mais de la preuve que le système travaille pour vous. Comme le souligne un expert en sécurité routière lors des formations Centaure :

L’ESP est comme le ‘stick shaker’ d’un avion qui prévient le pilote du décrochage imminent. C’est une alerte qui précède la perte de contrôle, conçue pour donner le temps de réagir correctement.

– Expert en sécurité routière, Formation Centaure sur les aides à la conduite

L’ESP utilise les mêmes capteurs que l’ABS, mais il compare en plus l’angle du volant (ce que vous demandez) avec la trajectoire réelle de la voiture (ce qu’elle fait). S’il détecte un écart, signe d’un début de sous-virage (l’avant glisse) ou de survirage (l’arrière décroche), il intervient en quelques millisecondes. Il peut freiner une ou plusieurs roues indépendamment et/ou réduire la puissance du moteur pour remettre la voiture dans le droit chemin. Le clignotement du voyant est votre signal pour comprendre que vous êtes à la limite de l’adhérence disponible.

Votre réaction doit être immédiate et adaptée. Ce n’est pas le moment de tester les limites du système, mais de l’aider en ralentissant. Voici les réflexes à adopter dès que le voyant ESP clignote :

  • Levez le pied de l’accélérateur : C’est le premier réflexe, le plus important. Réduire la puissance moteur est la manière la plus douce de redonner de l’adhérence aux pneus.
  • Ne freinez pas brusquement : Un freinage panique pourrait perturber l’action de l’ESP et aggraver la situation. Si vous devez ralentir, faites-le très progressivement.
  • Gardez le regard loin et là où vous voulez aller : Ne vous crispez pas sur le volant. Continuez de piloter avec souplesse en regardant votre trajectoire.
  • Analysez la situation : Essayez de comprendre pourquoi l’ESP s’est déclenché. Une plaque d’humidité à l’ombre ? Des feuilles mortes ? Une fine pellicule de gasoil ? Cette information vous incite à une plus grande prudence pour le reste de votre trajet.

Ce voyant clignotant est un formidable outil pédagogique. Il vous informe en direct sur l’état de la route et sur votre style de conduite. Le prendre comme un avertissement et non comme une critique est la marque d’un conducteur intelligent et sécuritaire.

Pour transformer cette connaissance en un véritable réflexe, l’étape suivante consiste à pratiquer ces manœuvres dans un cadre sécurisé, comme lors d’un stage de perfectionnement à la conduite. C’est le seul moyen de garantir que le jour où vous en aurez besoin, votre corps réagira correctement, sans laisser la panique prendre le dessus.

Rédigé par Julie Ferrand, Monitrice d'auto-école diplômée d'État et formatrice en sécurité routière, spécialisée dans la pédagogie de la conduite et l'équipement de sécurité des passagers. Elle cumule 14 années d'enseignement pratique et théorique.